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La femme dans les contes de fées : connaissez-vous pour vous réaliser

  • Photo du rédacteur: Romane Carlin
    Romane Carlin
  • 18 nov.
  • 5 min de lecture

Marie-Louise Von Franz était une psychologue suisse, disciple et collaboratrice de Carl Gustav Jung. Elle a effectué un énorme travail sur les mythes, les contes, les rêves, le fantastique, l’alchimie, la symbolique… toutes matières qui s’adressent à notre inconscient pour éveiller notre conscience.

La couverture du llivre La Femme dans les contes de fées

Dans La Femme dans les contes de fées, elle décrypte la place des héroïnes, leur rôle par rapport à l’éveil de la conscience féminine, leur complémentarité dans la paire féminin-masculin, les différentes étapes de la vie d’une femme à travers les âges et les conditions des personnages féminins (héroïne, mère, belle-mère, sorcière…), leur devenir par rapport à l’intervention et au rôle du masculin (père, prince charmant, entité supérieure du Bien ou du Mal, ours, lutin, gnôme…)

Comme dans tous ses travaux relatifs aux domaines de la symbolique, Marie-Louise Von Franz conjugue des analyses parfois ardues, puis les illustre par des exemples extrêmement concrets dans la phrase suivante. Elle surprend ainsi l’inconscient et le conscient des lecteurs, en leur révélant soudain une vérité évidente et pourtant jusqu’ici cachée, brouillée, décillant notre esprit comme si un voile se levait devant nos yeux.

 

Dire ce qui est, pas ce qui devrait être

 

Ayant exercé au cours du 20e siècle, ce qui commence à dater à la fois en termes de temporalité (nous sommes au 21e siècle) et d’organisation sociale, Marie-Louise Von Franz ne s’embarrasse pas de politiquement correct : elle dit ce qui est et pas ce qui devrait être, ce qui n’est pas toujours de nature à flatter l’ego féminin. Ainsi comprend-on que dans la Belle au bois dormant, la forêt d’épines inextricables qui entoure le château où est endormie la princesse, représente le caractère difficile de nombreuses jeunes filles qui rejettent les hommes entre leur adolescence et l’âge de jeune fille (symbolisée par la période de long « sommeil » de l’héroïne), jusqu’au jour où elles découvrent le « prince charmant », devant lequel s’écartent les épines sans qu’il n’ait à livrer combat. L’adolescente est devenue femme et a choisi le complément masculin qui lui permettra de franchir les étapes suivantes de sa vie de femme (épouse, mère, belle-mère, grand-mère).

 

Les étapes et les états de la vie d'une femme

 

Les analyses de l’auteure suivent deux axes complémentaires : les étapes de vie (les âges) et les états de la femme (guide, nourricière, destructrice).

 

Ainsi se succèdent, chronologiquement :

 

La jeune fille, l’éveil du féminin : l’endormissement puis l’éveil, qui sont le cheminement par lequel la femme découvre progressivement sa dimension intérieure, son individuation en tant que femme en devenir.

La mère, nourricière et destructrice : elle nourrit et protège, mais peut aussi étouffer, retenir ou dévorer.  La mère dévorante, possessive, qui empêche l’individuation, apparaît dans les contes sous la forme de la marâtre, la belle-mère jalouse, la sorcière qui retient les enfants prisonniers. Le féminin doit apprendre à intégrer ces deux faces positive et négative pour devenir un être complet. La jeune fille doit se détacher de la mère intérieure pour accéder à son autonomie psychique.

La vieille femme, la sagesse féminine : souvent incarnée par une vieille sorcière o une méchante fée, elle représente paradoxalement la sagesse instinctive et l’aspect archaïque du féminin. Elle détient la connaissance des cycles de la vie et de la mort. Elle est effrayante, car elle oblige l’héroïne (et le héros) à se confronter à l’inconnu, à l’ombre. Elle symbolise la maturation du féminin, son lien avec l’inconscient collectif. Elle enseigne la transformation et le renoncement à la jeunesse extérieure pour accéder à une plénitude intérieure.

 

En termes d’états, la femme peut jouer plusieurs rôles :

 

La femme initiatrice, guide de la transformation : elle joue le rôle de médiatrice entre le monde conscient et l’inconscient. Elle aide le héros (ou l’héroïne) à franchir une étape, à surmonter une épreuve. Elle incarne la sagesse intérieure, celle qui sait ce que la conscience ignore. Elle donne des objets magiques ou des conseils : ce sont les ressources de l’inconscient mises à la disposition du moi.

La femme destructrice, la part d’ombre du féminin : représentée par la sorcière, la séductrice ou la reine jalouse, c’est la force de dissolution, la mort psychologique nécessaire à la renaissance. Reconnaître cette ombre du féminin, c’est accepter sa propre agressivité, sa colère, sa capacité de rupture. Sans cette confrontation, le féminin reste figé dans la dépendance ou la douceur stérile. Ainsi une femme qui se contraint à contenir son agressivité et sa capacité de rupture face à un compagnon violent, se condamne à rester soumise et à subir. Cela vaut aussi pour un homme : Marie Louise Von Franz donne ainsi l’exemple d’un jeune homme qui aurait été aimé et choyé par sa mère et pense qu’il doit lui en être reconnaissant et toujours la satisfaire en retour. Mais le jour où ce garçon rencontre une jeune fille, la mère devient jalouse, révèle sa possessivité et elle essaie de « tuer » la jeune fille (avec des mots blessants, des comportements agressifs) pour empêcher son fils de partir. Elle l’étouffe. Le fils doit alors accepter son agressivité et libérer sa juste colère pour rompre avec la mère et se réaliser.

Le féminin et le masculin intérieurs, l’union des opposés : le but ultime des contes n’est pas simplement la victoire d’un héros ou d’une héroïne, ou leur bonheur éternel et « de vivre heureux d’avoir beaucoup d’enfants », mais la réconciliation des polarités. Le mariage symbolique à la fin des contes représente l’union intérieure du masculin et du féminin psychiques, qui permet la totalité de l’être. C’est la réalisation du Soi, l’accès à la plénitude intérieure.

 

Nul ne vous connaît mieux que vous-même

 

Je conclus cet article avec deux réflexions.

L’une de caractère général : il est stupéfiant de constater que les mythes et les contes de fées, depuis la nuit des temps et dans toutes les cultures, ont exprimé le jeu de nos conscients et inconscients bien avant la découverte de la psychologie en tant que science. Pour résumer, tout a été dit et écrit, il suffit de savoir écouter, entendre et lire. Mais notre vue, nos sens ayant été brouillés au fil des siècles par une succession de carcans sociaux, parfois contradictoires et antagonistes, il est souvent utile de se faire accompagner et/ou de lire des auteurs tels que Marie-Louise von Franz pour décrypter ce que veut nous dire notre inconscient.

L’autre, spécifique à cet ouvrage et aux femmes : pour accéder à la plénitude, ce qui, concrètement et du point de vue de la psychologie, signifie tro

uver ou retrouver sa vraie place au sein de la société et non occuper une place qu’on lui a assignée (« on » étant : sa famille, ses « bonnes copines », la société, les donneurs de leçons , les gourous de tout poil, les « sachants »…), une femme doit chercher au plus profond de son inconscient qui elle est ce qu’elle désire, ce à quoi elle aspire, et accepter et intégrer toutes ses faces, y compris les plus sombres (toutes choses qui valent aussi pour un homme, mais nous parlons ici des femmes). Nul ne vous connaît mieux que vous-même, à condition que vous acceptiez de jeter les filtres que d’autres ont posé sur vos yeux pour vous empêcher de vous voir dans le miroir telles que vous êtes.

 

La femme dans les contes de fées, Marie-Louise Von Franz (édition originale : 1972).

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